Avec 9-11, l’artiste livre une œuvre intense, chargée de tension et d’émotion contenue. Le titre, en référence claire à l’appel d’urgence universel et aux événements du 11 septembre, inscrit l’œuvre dans une mémoire collective traumatique. Ce tableau ne cherche pas la narration, mais évoque par la matière et la composition un choc, un effondrement, une fracture du monde. Entre abstraction et figuration dissimulée, la toile capte le moment de bascule, l’instant où tout vacille.
La composition est dominée par de grandes diagonales tendues, blanches et rouges, qui traversent la toile comme des impacts ou des déchirures. Elles tracent un mouvement violent, presque cinétique, qui divise l’espace en zones de chaos.
Dans le fond, une masse sombre et brûlée — noire, rouge, texturée — évoque une matière carbonisée, un amas, comme une structure effondrée.
Les couleurs dominantes — le rouge, le noir, le blanc — dialoguent en contraste vif : le rouge comme blessure, le noir comme cendre, le blanc comme lumière aveuglante ou silence.
On distingue à gauche quelques formes architecturales stylisées, comme des tours qui vacillent ou disparaissent dans la matière, accentuant la portée symbolique du titre.
La surface est travaillée avec force :
La matière est épaisse, nervurée, presque volcanique. Des effets de griffure, de déchirement, de croûte picturale traduisent la violence du geste. L’artiste utilise le contraste entre zones lisses (aérosols diffus, voiles blancs) et zones rugueuses pour créer un choc visuel et sensoriel.
Il ne s’agit pas seulement de peindre un événement, mais de matérialiser une onde de choc, de faire ressentir l’impact, la mémoire, la stupeur.
9-11 peut être lu comme une trace visuelle d’un effondrement, une empreinte émotionnelle laissée par la violence d’un événement qui dépasse l’individu.
La structure diagonale évoque la chute, le déséquilibre, tandis que les masses noires et rouges suggèrent la destruction, la brûlure, la perte.
Mais il y a aussi une lumière, une ouverture possible, une clarté qui résiste, comme une forme de résilience silencieuse.
Ce tableau est un cri étouffé, une mémoire figée dans la matière.
9-11 est une œuvre grave, viscérale, marquée par une charge symbolique forte.
Elle parle du choc, de la disparition, de la violence du réel, mais aussi de la tentative de tenir debout malgré la chute.
On ne regarde pas cette toile passivement : elle interpelle, elle saisit, elle laisse une empreinte.
Avec 9-11, Joël Sauvage propose une œuvre engagée et poétique à la fois.
Par le biais de l’abstraction, il redonne forme à l’indicible, à la mémoire d’un événement qui a bouleversé l’histoire contemporaine.
La matière devient langage, les lignes deviennent cri, et le rouge, mémoire d’un feu qui ne s’éteint pas.
Une œuvre puissante, frontale, qui ne cherche pas à expliquer, mais à faire ressentir, et à se souvenir.
146 x 114